1

A. JODOROWSKY – La danse de la réalité

…l’enfant ne meurt jamais, chaque être humain, s’il n’a pas fait son travail spirituel, est un enfant déguisé en adulte.

Alexandro JODOROWSKY

La danse de la réalité

-Tu es déjà tout ce que tu seras. Tu sais déjà tout ce que tu sauras. ce que tu cherches te cherches déjà, cela est en toi.

– La réalité dense, construite par la présence des corps, devient invisible si elle n’est pas accompagnée d’une réalité psychique. ( ….je fus un intrus dans ma famille dès mes premiers vagissements…..)

-Je compris alors les abus que m’avait fait subir ma famille. je vis avec précision la structure du piège. On m’accusait d’être coupable de chacune des blessures qu’on m’avait infligée. Le bourreau n’avait jamais cessé de se déclarer la victime. Par un habile système de négations, me privant d’informations – je ne parle pas d’informations orales mais d’expériences pour la plupart non verbales – on m’avait dépouillé de tous mes droits, on m’avait traité comme un mendiant dépourvu de territoire à qui l’on accordait, par une dédaigneuse bonté, un fragment de vie. Mes parents savaient ils ce qu’ils faisaient ? Certainement pas. Dans leur inconscience , ils me faisaient ce qu’on leur avait fait. Et ainsi, répétant le forfait émotionnel de générations en générations, l’arbre familial accumulait une souffrance qui durait depuis plusieurs siècles.

Réponses probables du Rebe au questionnement de Jodorowsky :

-« ……..…tu devrait avoir le droit d’être ni un accident, ni une charge. Tu devrais avoir le droit de naître avec le sexe que la nature t’a donné. Tu devrais avoir le droit d’être pris en compte dès le premier mois de ta gestation ;…….à partir du moment où cet univers te produit, tu as le droit d’avoir un père protecteur, qui soit présent tout au long de ta croissance. …..tu n’es pas venu réaliser le plan personnel d’adultes t’imposant des objectifs qui ne sont pas les tiens, le principal bonheur que t’autorise la vie est de te permettre de t’atteindre toi-même.

– ..tu as parfaitement le droit de ne pas être comparé ; aucun frère, aucune sœur ne vaut plus ou moins que toi, l’amour existe quand on reconnaît l’essentielle différence. Tu devrais avoir le droit d’être exclut de toute querelle entre tes parents, de ne pas être pris comme témoin dans les discussions, de ne pas être le réceptacle de leurs angoisses économiques, de grandir dans une ambiance de confiance et de sécurité. tu devrais avoir le droit d’être éduqué par un père et une mère guidés par des idées communes, ayant aplani entre eux, dans l’intimité, leurs contradictions.

– ……tu devrais avoir le droit de ne pas être critiqué si tu as choisi un chemin qui n’était pas dans les plans de tes parents ; d’aimer qui tu veux sans avoir besoin d’approbation………………de dépasser tes parents, d’aller plus loin qu’eux, de réaliser ce qu’ils n’ont pu réaliser, de vivre plus longtemps qu’eux. Enfin, tu devrais avoir le droit de choisir le moment de ta mort sans que personne, contre ta volonté, te maintienne en vie. »

– ….mon corps m’apparaissait comme une prison étouffante….je m’étais réfugié dans l’intellect….le froid, la chaleur, la faim, les désirs, la douleur, les peines surgissaient au loin, comme dans le corps d’un autre. De toute façon, tout ce que je pouvais désirer se résumait à un seul mot : « changer ». La qualité essentielle, pour m’aimer, était de parvenir à être ce qu’alors je n’étais pas…..

-….me sentir vivant dans ce gracieux corps imaginaire m’autorisa des mouvements que je n’avais jamais connus jusqu’alors….à quoi pouvait servir une telle automystification ? Je peux répondre qu’à cette époque, lorsque j’étais un garçon qui luttait pour échapper au poids de la dépression, m’imaginer puissant et léger fut une bouée de sauvetage qui me permit de ne pas me noyer dans le piège familial et d’entreprendre le travail libérateur.

-l’initié qui se lance de bonne foi à l’assaut de la vérité pour ne trouver , de tous cotés, que l’inexorable barrière qui le rejette vers le tumulte ordinaire, entend le maître lui dire : « attention, il y a un mur ! »…….le maître voulait dire que le disciple, par distraction, ne le voyait pas. Peut être confondait-il la barrière avec la réalité, faisant de ses limites mentales la nature du monde.

-Dans mon âme, il y avait des interdictions d’être moi-même, exigeant que je conserve le conditionnement, m’obligeant à vivre d’après les normes reçues à travers une tradition ankylosée….( le mariage, c’est pour toujours, l’argent se gagne dans la souffrance,…..).à la moindre tentative de transgresser ces idées folles apparaissaient les gardiens familiaux brandissant les épées castratrices (pour qui te prends tu ? si tu fais ça, tu mourras de faim….)..Je me sentais comme un chien plein de puces. Je pris conscience que mes parents avaient abusé de moi sur tous les plans. Sur le plan intellectuel, avec leurs paroles mordantes, agressives, sarcastiques, ils m’avaient coupé les chemins qui conduisaient à l’infini……..sur le plan émotionnel, ils m’avaient fait sentir de toute leur cruauté qu’ils préféraient ma sœur, ils avaient négocié ma tendresse : si tu veux que nous t’aimions, tu dois faire cela ;…..Sur le plan sexuel, ma mère, en couvrant d’un épais voile de honte toutes les manifestations de la passion, en se faisant passer pour une sainte, …..sur le plan matériel….je devais payer pour ce qu’on me donnait….

-Et voilà que cet enfant abusé m’abusait moi-même, essayant à chaque instant de reproduire ce qui l’avait traumatisé. Si on s’était moqué de moi, il m’obligeait à chercher la compagnie de ceux qui me méprisaient. Si on ne m’avait pas aimé, il m’obligeait à entrer en relation avec des personnes qui ne pourraient jamais m’aimer. Si on avait ridiculisé la créativité, il m’obligeait à douter de mes valeurs, me précipitant dans la dépression. si on ne m’avait pas donné de moyens matériels, il m’obligeait à être maladivement timide, m’empêchant ainsi d’entrer dans un magasin pour acheter ce dont j’avais besoin. Il me transformait en un rancunier prisonnier de moi-même…..on m’a méprisé, on m’a puni, alors maintenant je ne fais rien, je ne vaux rien, je n’ai pas le droit d’exister.

-Comme mon contact avec Jaime et Sara avait été pratiquement nul, de même qu’avec le reste de la famille, je fus pour tous un mutant incompréhensible, la plupart du temps invisible, méprisé. Mais l’âme, pour se développer, a besoin du contact familial. Décidé à instaurer une relation profonde, je sculptai des poupées qui les représentaient, portraits caricaturaux, mais très exacts. Je pus ainsi faire parler le sieur Jaime et dame Sara, et tous les autres. Mes amis, voyant ces représentations grotesques, riaient à gorge déployée. Toutefois, à mesure que mes mains se fondaient avec les personnages, ils commencèrent à exister avec une vie propre. Dès que je leur prêtais ma voix, ils disaient des choses que je n’avais jamais pensées. Essentiellement, ils se justifiaient, considérant mes critiques injustes, ils insistaient sur le fait qu’ils m’aimaient, et à la fin, ils se plaignaient en exigeant que moi-même, pour les avoir déçus, je leur demande pardon. Je me rendis compte de ce que mes plaintes étaient égoïstes. Je me lamentais parce que je ne voulais pas pardonner. C’est-à-dire que je ne voulais pas mûrir, être adulte. Et le chemin du pardon exigeait de reconnaître que à sa manière, toute la famille, parents, oncles, grands-parents étaient mes victimes. J’avais trompé leurs espoirs, espoirs pour moi certes négatifs, absurdes, mais pour eux, à leur niveau de conscience, légitimes…………Peut être mon inconscient individuel était il étroitement lié à l’inconscient familial. Si ma réalité changeait, celle de mes parents changeait aussi…d’une certaine façon, en faisant le portrait d’un être s’établit un lien entre lui et l’objet qui le symbolise. De telle manière que si des changements se produisent dans l’objet, l’être qui a donné naissance à ce qui le représente change également.

-…..nous commençâmes par constater que le langage qu’on nous avait enseigné transportait des idées folles. Il fallait donner aux concepts leur sens véritable : au lieu de jamais : très rarement. Au lieu de toujours : souvent. Infini : étendue inconnue. Echouer : changer d’activité. Il m’a déçu : je l’imaginais de façon erronée. Tu es comme ça : je te perçois comme ça. Beau, laid : il me plait, il ne me plait pas. Bonheur : être chaque jour moins angoissé. Générosité : être chaque jour moins égoïste. Grotesque serait aussi une non communication inconsciente.

-…cette aventure nous fit comprendre qu’en nous identifiant aux difficultés, nous pouvions en faire des alliées. (aboyer avec plus de hargne que les chiens, en rampant à 4 pattes…..)

-…la santé d’une famille consiste à réaliser une œuvre en commun, qu’il n’y a pas de fossé qui sépare les générations, que la révolte des enfants contre les parents doit être remplacée par l’absorption d’une connaissance, pourvu bien sur, que la génération précédente se donne la peine d’étendre sa conscience et de transmettre ce qu’elle a acquis……………….l’enfant ne meurt jamais, chaque être humain, s’il n’a pas fait son travail spirituel, est un enfant déguisé en adulte. ………mûrir, c’est mettre l’enfant à sa place, le laisser vivre en nous, non pas comme maître, mais comme disciple. Il nous apporte l’étonnement quotidien, la pureté de l’intention, le jeu générateur, mais en aucun cas, il ne doit devenir un tyran.

-……je m’aperçus que ce pauvre homme cherchait l’attention des autres. Plus tard, je constatai que toutes les maladies, jusqu’aux plus cruelles, étaient une forme de spectacle. A la base, il y avait une protestation contre le manque d’amour et l’interdiction de tout mot ou geste qui démontrait cette absence. Le non dit, le non exprimé, le secret, tout pouvait en arriver à fomenter une maladie. L’âme enfantine, étouffée par l’interdiction, élimine les défenses organiques pour permettre l’entrée du mal qui lui donnera l’opportunité d’exprimer sa désolation. La maladie est une métaphore. Elle est la protestation d’un enfant devenu représentation.

– Tout acte extraordinaire abat les murs de la raison. Il brise les échelles de valeurs et renvoie le spectateur à ses propres jugements……prise de conscience inattendue : « le monde est tel que je pense qu’il est. Mes malheurs viennent de ma vision tordue. Si je veux guérir, ce n’est pas le monde que je dois essayer de changer, mais l’opinion que j’ai de lui. »

  • Quand celui qui se croyait aveugle enlève ses lunettes noires, il voit la lumière.

– plus tard, je compris que les maladies ne sont pas les nôtres, mais celles de celui que nous croyons être. On atteint la santé en venant à bout des interdits, en quittant les chemins qui ne nous appartiennent pas, en cessant de poursuivre des idéaux imposés, jusqu’à parvenir à être soi-même : la conscience impersonnelle qui ne se définit pas elle-même.

– « l’idiot, lorsqu’il ne sait pas, croit savoir. Le sage, lorsqu’il ne sait pas, sait qu’il ne sait pas. Mais quand le sage sait, il sait qu’il sait. L’idiot, au contraire, lorsqu’il sait, ne sait pas qu’il sait. »

– la vie est un chemin gris : rien n’est jamais absolument mauvais, rien n’est jamais absolument bon.

– « je demandais à l’acteur célèbre de m’accorder le grand honneur de faire briller son nom chaque matin…..…. « non, jeune homme, je sais que tu m’admires, mais pour être, tu dois apprendre à ne pas désirer être l’autre. En polissant mes lettres, d’une certaine manière, tu me volerais mon pouvoir. Tu t’appelles Alejandro, comme moi. Ta dévotion est condamnée à se transformer en destruction ? Un jour, il faudra que tu me coupes le cou. Dans les cultures primitives, les disciples finissent toujours par dévorer le maître. Va t’en inséminer ton propre nom, apprends à l’aimer, à l’exalter, à découvrir quels trésors il renferme. ….surtout je n’aime pas me battre pour défendre ce qui est mien……Et ne me regarde pas ainsi, avec l’air de penser que je suis un grand égoïste. Je ne vois pas pourquoi je te donnerais ce que j’ai gagné à la sueur de mon front, sans que personne ne m’aide…..Va t’en créer ton propre monde, si tu en es capable. Pour cela, tu devras t’enchaîner à ton enfant intérieur, celui qui a peur d’investir et qui demande toujours qu’on lui donne.

– Je me souvins d’une fable d’Esope :un moustique arrive et s’installe dans l’oreille d’un bœuf. Il clame : « je suis arrivé ! ». Le bœuf continue à labourer. Au bout d’un moment, le moustique décide de partir. Il clame : « je m’en vais ». Le bœuf continue de labourer.

– J’allais garder cette angoisse de mourir jusqu’à l’âge de 40 ans. Angoisse qui m’obligea à parcourir le monde, à étudier les religions, la magie, l’ésotérisme, l’alchimie, la Cabale. Elle me fit fréquenter des groupes initiatiques, méditer dans le style de nombreuses écoles, entrer en contact avec des maîtres, enfin, chercher sans limites, où que ce soit, ce qui pouvait me consoler de ma fugacité. Si je ne triomphais pas de la mort, comment pouvais je vivre, créer, aimer, prospérer ? Je me sentis séparé non seulement du monde, mais aussi de la vie………pendant ces années insupportables, toutes les œuvres que je réalisais, de même que les amours, furent des anesthésiques qui m’aidèrent à supporter l’angoisse qui rongeait mon âme. Toutefois, au plus intime de mon être, de manière nébuleuse, je savais que cet état permanent d’agonie était une maladie que je devais soigner, en devenant mon propre thérapeute. Dans le fond, il ne s’agissait pas de trouver le philtre magique qui m’empêcherait de mourir, mais surtout, d’apprendre à mourir heureux.

– à propos de théâtre : Ce métier se distingue par un déploiement des vices du caractère que les citoyens qui ne sont pas des artistes tentent par tous les moyens de cacher. Les ego des acteurs sont montrés en pleine lumière, sans honte, sans autocensure, dans leur narcissisme exagéré. Ils sont ambigus, ils sont faibles, ils sont héroïques, ils sont traîtres, ils sont fidèles, ils sont mesquins, ils sont généreux. Ils se disputent les faveurs, veulent voir leur nom, plus grand que tus les autres, en haut de l’affiche, au dessus du titre de la pièce…….Enfin, ils sont adorables et écœurants, parce qu’ils montrent en pleine lumière ce que leur public cache dans l’ombre.

– …..le théâtre cessait d’être une distraction pour devenir un instrument de connaissance de soi :.pendant la représentation, l’acteur devait se fondre totalement dans le personnage, se mentir à lui-même et aux autres, avec une telle maîtrise qu’il parvenait à égarer sa « personne » pour devenir autre, un personnage aux limites concises, fabriqué à force d’élucubrations. Dans l’éphémère, l’agissant devait éliminer le personnage pour essayer d’être la personne qu’il était ou qu’il représentait. Dans la vie quotidienne, les citoyens dits normaux marchaient déguisés, interprétant un personnage inculqué par la famille, la société, ou bien qu’eux-mêmes s’étaient fabriqué, un masque de dissimulations et de fanfaronnades. La mission de l’éphémère consistait à faire en sorte que l’individu cessât d’interpréter un personnage face à d’u=autres personnages, qu’il finit par l’éliminer pour d’un coup s’approcher de la personne authentique. Cet « autre » qu’il réveillait dans la joie du jeu libre n’était pas un fantoche fait de mensonges, mais un être ayant de faibles limites. L’acte éphémère conduisait à la totalité, à la libération des forces supérieures, à l’état de grâce.

– Tous ces actes, véritables délires, furent imaginés et réalisés par des personnes considérées comme normales dans la vie réelle. Les énergies destructives, qui lorsqu’elles demeurent stagnantes nous rongent de l’intérieur, peuvent se libérer grâce à une expression canalisée et transformatrice. L’alchimie de l’acte réussi transforme l’angoisse en joie.

-Si quelqu’un souhaitait exprimer les résidus psychiques, serpents d’ombre qui le rongeaient de l’intérieur, je lui communiquais la théorie suivante : « le théâtre est une force magique, une expérience personnelle et intransmissible. Il appartient à tout le monde. Il suffit que tu décides d’agir différemment de ce que tu agis au quotidien pour que cette force transforme ta vie. Il est temps maintenant que tu rompes avec les réflexes conditionnés, les cercles hypnotiques, les auto conceptions erronées………la réalité que tu crois tienne, ton ego, n’est qu’une pale copie, une approche de ton être essentiel. Tu t’identifies à ce double aussi dérisoire qu’illusoire, et brusquement apparaît l’authentique. Le maître des lieux revient prendre la place qui était la sienne. A ce moment là, ton moi limité se sent poursuivi, en danger de mort, ce qui est vrai. Car l’être authentique finira par dissoudre le double. Rien ne t’appartient. Ta seule possibilité d’être est qu’apparaisse l’autre, ta nature profonde, et qu’il t’élimine. Il s’agit d’un sacrifice sacré, dans lequel tu devras t’abandonner entièrement au maître, sans angoisse…..Etant donné que tu vis prisonnier, dans tes idées folles, tes sentiments confus, tes désirs artificiels, tes besoins inutiles, pourquoi n’adoptes tu pas des points de vue totalement opposés ?……(p. 194)………..rompre avec le personnage auquel il s’était identifié pour l’aider à rétablir les liens avec sa propre nature profonde. ( « celui qui déprime, échoue hallucine n’est pas toi »).

– je doutais de l’art. A quoi sert il ? Si c’est pour divertir des personnes qui ont peur de se réveiller, il ne m’intéresse pas. Si c’est un moyen de triompher sur le plan économique, il ne m’intéresse pas. Si c’est une activité adoptée par mon ego pour s’encenser, cela ne m’intéresse pas. Si je dois être le bouffon de ceux qui ont le pouvoir, qui empoisonnent la planète et affament des millions de gens, il ne m’intéresse pas. Quelle est donc la finalité de l’art ? Après une crise si profonde qu’elle me conduisit à penser au suicide, j’arrivai à la conclusion que la finalité de l’art était de guérir. Si l’art ne guérit pas, ce n’est pas de l’art……mon but était au contraire, d’apprendre à la raison à parler le langage des rêves. L’art qui devenait thérapie ne m’intéressait pas ; ce qui m’intéressait, c’était la thérapie convertie en art.

– Etant donné l’immense quantité de neurones qui constituent notre cerveau, je pense que nous savons tout, mais sans nous en rendre compte. Nous avons besoin que quelqu’un nous le révèle. Je me souviens du conte du petit lion qui, ayant perdu ses parents, fut adopté par une brebis qui l’éleva au milieu du troupeau. Il grandit pacifique, craintif, poussant, pour communiquer, de petit miaulements. Un jour, un vieux lion chassa l’une des brebis et se mit à la dévorer tout en maintenant prisonnier le jeune lion apeuré sous l’une de ses pattes. » cesse de trembler, petit ami, et mange avec moi un bon morceau ». A l’idée de dévorer de la viande crue,le félin vomit, mais il se sentit pourtant possédé d’une étrange angoisse. Il ne pouvait cesser de trembler, mais ce n’était pas de peur. Une énergie méconnue secouait son corps. Le fauve l’emmena près d’un ruisseau paisible. « regarde ton reflet et dis moi : vois tu une brebis ?  le jeune lion fit non de la tête. Que vois tu ? – Je vois un lion. – C’est ce que tu es. » Pour la première fois de sa vie, le jeune félin lança un terrible rugissement et se mit à dévorer les restes de l’herbivore.

– ………….je compris que c’était moi qui alimentais mes terreurs. Je sus que ce qui nous terrorise perd toute sa force dès l’instant où nous cessons de le combattre…………demander à nos ennemis ce qu’ils veulent nous dire…………

– …….je compris que pour le cerveau, la mort n’existe pas. Chaque fois que moi-même ou un ennemi m’éliminait se produisait une réincarnation immédiate.

-J’ai également exploré la dimension des mythes. Là vivent les dieux antiques, les animaux magiques,les héros, les saints, les vierges cosmiques, les puissants archétypes. Avant d’être acceptés par eux, nous devons vaincre une série d’obstacles, qui sont en réalité des épreuves initiatiques. Ils se présentent sous forme maligne, nous attaquent, se moquent de nous, ou paraissent insensibles, endormis, indifférents………cependant, si nous gardons notre calme, si nous ne fuyons pas, si nous réagissons avec foi, si nous sommes courageux et osons les affronter ou les réveiller, les monstres se transforment en anges, les abîmes en palais, les flammes en caresses, le Bouddha ouvre les yeux sans que son regard nous réduise en cendres ; il nous transmet au contraire tout l’amour du monde……….La pensée, prisonnière des filets de la rationalité, tente de rejeter les trésors du monde onirique. Mais sans cesse, elle est assaillie par des forces qui proviennent des profondeurs des mémoires collectives.

– Avant de tenter d’unir le moi individuel à la force universelle, il est nécessaire de la contempler, de la sentir, de s’identifier à elle, de l’accepter comme essence, de disparaître dans son extension infinie.

-A tout moment, le moi individuel et le moi impersonnel, intellectuel et inconscient, doivent agir ensemble. C’est pourquoi, dans mon rêve, Maitreya et Jésus se sont réunis.

-…… « nous allons sauter et nous plonger dans l’océan. L’âme individuelle doit apprendre à se dissoudre dans ce qui n’a pas de limites » ……ma femme ne réussit pas non plus l’épreuve : elle fut la seule à ne pas sauter. Elle resta sur le pont à nous regarder, paralysée, ou alors incrédule. A cet instant, quelque chose se brisa entre nous pour toujours ; nous primes conscience que nos chemins suivaient des directions différentes. Je compris que si je voulais arriver à moi-même je devais me dépouiller de cette lèpre qu’était la terreur de l’abandon et accepter la solitude pour un jour, être capable de parvenir à une union authentique avec les autres. ………….je sus que j’aurais dorénavant le courage d’affronter l’inconscient sans me laisser envahir par la terreur, sachant que toujours la barque de ma raison lancerait une corde pour me récupérer.

– …je pensais à la fable du chasseur qui veut chasser la lune. Pendant des années, il tente de le faire. Jamais ses flèches ne l’atteignent, mais il devint le meilleur archer au monde….Je compris qu’il ne s’agissait pas de faire de la pierre un être vivant, mais d’essayer de le faire. L’alchimiste doit tenter l’impossible. La vérité n’est pas au bout du chemin : elle est la somme des actions réalisées pour l’obtenir.

-Je proposai à mes patients de traiter la réalité comme un rêve, au commencement personnel et non lucide, pour analyser les événements comme s’ils étaient des symboles de l’inconscient.

Par exemple au lieu de nous lamenter parce que des voleurs ont dévalisé notre maison ou parce que notre amant nous a abandonné, demandons nous : « pourquoi ai-je rêvé qu’on me vole, qu’on m’abandonne ? qu’est ce que je veux me dire par là ? » ( il est courant que des personnes qui souffrent d’une rupture dans leur couple perdent de l’argent ou soient dévalisés).p 234

-Un consultant dont la mère venait de se suicider, avec laquelle il avait eu des relations d’amour haine, vit son appartement commencer à brûler après la cérémonie d’incinération. Dans ce type d’enchaînement, la réalité se présente à nous comme un rêve peuplé d’ombres angoissantes, dans lequel nous sommes des victimes, , des êtres passifs à qui tout arrive. Si par un effort de conscience nous cessons de nous identifier au moi individuel, si nous sommes capables de lâcher prise et d’être le témoin impassible de ce qui semble nous arriver par accident, plus encore, si nous cessons de souffrir de ce qui nous arrive, et commençons à souffrir de souffrir de ce qui nous arrive, nous pouvons passer à l’étape qui correspond au rêve lucide et introduire dans la réalité des événements inattendus qui la fassent évoluer.

Le passé n’est pas inamovible, il est possible de le changer, de l’enrichir, de le dépouiller de l’angoisse, de lui donner de la joie. Il est évident que la mémoire a la même qualité que les rêves. Le souvenir est constitué d’images aussi immatérielles que celles des rêves. Chaque fois que nous nous souvenons, nous recréons, nous donnons une autre interprétation aux événements mémorisés.

– si dans le monde onirique nous nous rendons compte que nous rêvons, dans le monde diurne, prisonniers du concept limité que nous avons de nous-mêmes, nous devons jeter par-dessus bord les idées et les sentiments préconçus pour, l’esprit nu, nous immerger dans l’Essence. Une fois cette lucidité obtenue, nous aurons la liberté d’agir sur la réalité, en sachant que si nous nous contentons de satisfaire nos désirs égoïstes nous serons emportés par le tourbillon des émotions, nous perdrons notre égalité d’humeur, notre sang froid, et donc la possibilité d’être nous-mêmes agissant au niveau de conscience qui nous correspond.

-le guerrier ne laisse pas de traces (p245)

-peu à peu je connus d’excellents artistes qui, s’ils m’ont enrichi esthétiquement, ne m’ont jamais proposé d’entrer sur le territoire de la magie ou de la thérapie. Bien au contraire, leur recherche consistait à fuir l’essentiel pour exalter le pouvoir du moi personnel…….je pense que cette parcelle de notre esprit à laquelle nous nous identifions souvent, l’ego, ne doit pas être détruite ou méprisée. Bien conduite, notre personnalité égoïste peut devenir un admirable serviteur………le moi personnel, s’il s’abandonne à la volonté cosmique, est admirable. S’il désobéit à la loi, il devient un monstre néfaste qui dévore la conscience.

-Le début de la libération réside dans la capacité de l’homme à souffrir. Et celui-ci souffre s’il est opprimé, physiquement et spirituellement. La souffrance le pousse à agir contre son agresseur en cherchant à mettre fin à l’oppression, au lieu de chercher une liberté dont il ne sait rien. Votre plus grand oppresseur, mes amis, c’est le moi individuel. Aucun thérapeute ne peut soigner en son nom propre. Souvenez vous de ce que dit la médecine hindoue : le médecin propose des remèdes, Dieu guérit…

-avant je croyais que pour sauver une personne, il suffisait de la rendre consciente de ses pulsions d’autodestruction. Pachita m’a fait comprendre que cette découverte pouvait aussi accélérer la mort.

-pour être sorcier ou chaman, il faut habiter un monde ou la superstition devient réalité. …..on ne peut pas changer de peau, se libérer de sa culture et jouer à être un « primitif »……mais je me trouvais mentalement disposé à à apprendre quelque chose qui pourrait me servir dans mon propre contexte :….comment m’adresser directement à l’inconscient dans son propre langage (p292

-pour l’inconscient humain, il est plus facile de comprendre le langage onirique, que le langage rationnel : d’un certain point de vue, les maladies sont des rêves, des messages qui trahissent les problèmes non résolus.

-comme tous les chamans, JC était préoccupé de découvrir l’origine des maladies, car il considérait les maux comme des symptômes physiques de blessures psychologiques provoquées par des relations familiales ou sociales douloureuses

-quand on veut rajouter plus d’eau dans un verre qui est déjà plein, il faut d’abord le vider. Ainsi, un esprit plein d’opinions et de spéculations ne peut apprendre. Nous devons le vider pour qu’en lui se fasse jour la condition de l’ouverture.

-le chemin se crée à mesure que nous avançons et chaque pas nous offre mille possibilités. Nous ne cessons de choisir. Mais qu’est ce qui fait ce choix> ? Il dépend de la personnalité par laquelle nous avons été formés dans notre enfance. Cad que ce que nous appelons futur est une répétition du passé.

-Il ne faut pas craindre de plonger profondément en soi pour affronter la partie de l’être mal constituée, l’horreur de la non réalisation, en faisant sauter l’obstacle généalogique qui se dresse devant nous comme une barrière et s’oppose au flux et reflux de la vie. Nous devons apprendre à ne plus nous identifier à l’arbre mais au contraire, à comprendre qu’il vit à l’intérieur de nous.

-nous sommes marqués par l’univers psycho mental des nôtres. (p310)

-une fois devenus adultes, nous avons tendance à reproduire les abus que nous avons subis pendant notre enfance sur les autres ou bien sur nous-mêmes. Si hier, on m’a torturé, aujourd’hui je ne cesse de me torturer, devenant mon propre bourreau. (p311)

-Les relations internes d’un arbre généalogique sont mystérieuses. Pour les comprendre, il faut entrer en lui comme dans un rêve. Il ne faut pas l’interpréter, il faut le vivre

-l’inconscient n’est pas scientifique, il est artistique

-en réalité, la plupart des problèmes que nous avons sont ceux que nous voulons avoir. Nous sommes attachés aux difficultés. Elles forment nos identités.

-La tromperie, lorsqu’elle a une finalité bénéfique, est acceptée dans toutes les religions. «  un fugitif passe par un chemin où est assis un sage. S’il te plait le supplie t il, ne dis pas à ceux qui me poursuivent que je suis passé par ici. Le sage attend que le fugitif disparaisse à sa vue, et alors va s’asseoir de l’autre côté du chemin. Lorsque arrivent les poursuivants et qu’ils lui demandent s’il a vu passer quelqu’un, il répond : depuis que je suis assis ici, je n’ai vu passer personne ».

-pour se libérer de la maladie, il faut coopérer avec la sorcière. L’âme humaine a besoin pour sortir de ses souffrances de toucher l’amour et la peur.

-D’un certain point de vue, les maladies sont des rêves, des messages qui trahissent les problèmes non résolus.

– A la base, toute maladie est un manque de conscience imprégné de crainte. Cette conscience a son origine dans un interdit, imposé sans conviction préalable, que la victime doit accepter sans le comprendre. On exige de l’enfant de ne pas être ce qu’il est. S’il désobéit, il est puni. La plus grande punition est de ne pas être aimé……………….L’éducation purement rationnelle nous interdit d’utiliser le corps dans toute son extension, en nous donnant la peau comme limite de notre être, et en nous faisant croire qu’il est normal de vivre dans un espace réduit. Cette éducation dépouille le sexe de son pouvoir créateur, nous donnant l’illusion que nous vivons seulement un temps court, en niant notre essence éternelle. Du centre émotionnel, au mot=yen d’une philosophie dévalorisante, on nous extirpe les sentiments sublimes. On nous inculque la peur du changement, nous maintenant à un niveau de conscience infantile où nous vénérons la sécurité toxique et détestons l’incertitude salutaire. Par tous les moyens, en s’appuyant sur les doctrines politiques, morales ou religieuses, on nous fait ignorer notre pouvoir mental.

– la guérison miraculeuse est possible, mais elle dépend de la foi du patient. Le psychochaman doit subtilement guider le malade pour qu’il croie ce que lui même croit. Si le thérapeute ne croit pas, il n’y a pas de guérison possible.

-soulignons ici l’importance de l’imagination. D’une certaine manière, dans ce livre, je me suis livré à un exercice d’autobiographie imaginaire…..du fait que l’histoire profonde de ma vie est un effort constant pour dilater l’imagination et élargir ses limites, pour l’appréhender dans son potentiel thérapeutique et transformateur.

Cliquez ici pour laisser un commentaire 1 Commentaires
Louiz - 23 septembre 2016

Je partage le résumé que vous avez fait de ce livre de Jodo.

Répondre

Laissez un Commentaire :