ce que dit Alice MILLER des mauvais traitements de l’enfance

« LA CONNAISSANCE INTERDITE » A. MILLER

1-Elle ne savait pas à quel point je souffrais car elle ne pouvait pas avoir tiré de sa propre histoire la moindre attitude à comprendre l’âme enfantine ; d’ailleurs la société la confirmait dans son idée que l’enfant devait être éduqué pour devenir un robot docile, au prix de sa destruction intérieure.

2-Elle attendait de moi que je lui pardonne toutes les injustices et ne lui garde jamais rancune de rien. Je me soumettais, comme se serait soumis n’importe quel enfant dans ma situation, je n’avais pas d’autre solution. – Mon père évitait l’affrontement avec ma mère, n’accordait pas un regard à ce qui se passait sous ses yeux. Il ne s’est certes pas acharné passionnément à m’éduquer, comme le faisait ma mère ; dans les rares moments où il était présent, il me donnait même un peu de chaleur et de tendresse, mais jamais il n’est intervenu pour défendre mes droits. Jamais il ne m’a donné le sentiment que j’avais des droits, quels qu’ils fussent, jamais il ne confirma ce que je ressentais et ne reconnut la cruauté de ma mère.

3-exemple de conséquence grave des mauvais traitements subits dans l’enfance :
la compulsion intérieure de la victime qui, si aucun témoin éclairé et secourable n’intervient pour l’aider à abolir le refoulement, la conduit à reproduire sur d’autres êtres sans défense ce qu’elle a elle-même vécu et refoulé……………………………. « les sentiments n’ont émergé qu’à partir du moment où j’ai pu remettre en question ma prétendue culpabilité. Et c’est uniquement lorsque j’ai pu sentir que sans avoir commis moi-même de faute, j’avais été méprisée par mes parents, qu’ils ne m’avaient pas prise au sérieux ni vue telle que j’étais, que j’ai compris ce qui s’était passé……qu’il n’était pas en mon pouvoir, alors que j’étais bébé, de rendre mes parents capables d’amour. La seule chose en mon pouvoir était de leur montrer que je pouvais leur servir, que l’on pouvait m’exploiter et que j’y réagirais toujours en souriant. »
Nombre de thérapeutes observent souvent cette résistance (culpabilité) chez leurs patients et ils l’interprètent à tort comme la preuve…….
que la réalité n’est pas possible à établir. Pour finir, le patient lui-même ne sait pas exactement s’il s’agit véritablement de souvenirs ou uniquement de fantasmes.

4-Une autre loi de la vie veut que l’idéalisation des parents par le fantasme et le refoulement aide l’enfant à survivre. Attribuer à la personne de référence la plus proche, qui est la personne aimée, quelque chose de mal, serait donc contraire aux défenses naturelles et aux lois de la vie. Par conséquent, un enfant n’invente jamais de traumatisme. Au contraire, pour survivre, il doit rendre la douleur supportable par le moyen du fantasme.

5-Affaiblir le traumatisme : il est plus facile de se vivre comme coupable que de savoir et de ressentir que l’on est une victime innocente qui doit s’attendre à tout instant à la torture et à la persécution ; Tous les patients se raccrochent à des fantasmes dans lesquels ils s’attribuent un rôle actif pour échapper à la souffrance de la détresse sans défense.

6-Avec un thérapeute qui redoute la réalité des mauvais traitements infligés aux enfants, on ne les découvre jamais. Il faut que le patient retrouve les faits avec ce qu’il ressent, il faut qu’il vérifie ce qu’il découvre, qu’il remette en question ses affirmations jusqu’à ce qu’il ait la certitude que telle ou telle chose s’est réellement passée. La connaissance de cette vérité permet au thérapeute d’accompagner le patient dans son voyage, un voyage qui le conduit plus d’une fois en enfer et dans des chambres de tortures. Et il faut retourner sur les lieux sans relâche, jusqu’à ce que tous les détails de la scène traumatisante aient été vécus de manière à ce que l’effet du traumatisme se désintègre et que la blessure puisse enfin guérir.

7-Dans les entretiens où il est question d’abus sexuels perpétrés sur l’enfant, la question se pose toujours de savoir pourquoi la mère de la petite a ignoré ses signaux d’alarme ou pourquoi elle a adopté une attitude qui interdisait à sa fille de lui confier la vérité. Ce comportement de la mère semble particulièrement incompréhensible lorsqu’on apprend qu’elle-même a subi des abus dans son enfance. C’est pourtant précisément cette information qui fournit la clef de l’explication. les mères qui ont été victimes de traitements analogues dans leur enfance et en maintiennent le souvenir refoulé sont plus sourdes et plus aveugles que toutes les autres à la situation de leur fille. Elles ne supportent pas que leur propre histoire leur soit remise en mémoire et elles abandonnent l’enfant à son sort.
J’ai constaté que plus d’une féministe n’aimait pas qu’on lui pose ce genre de question. En même temps, elles sont embarrassées de voir constamment que les mères ne protègent pas leurs filles victimes d’abus sexuels, qu’elles les abandonnent à leur sort et même parfois les punissent. L’explication avancée est qu’elles ont peur de leur mari. On ne veut pas reconnaître qu’une femme qui aurait eu une enfance protégée et une mère protectrice n’en arriverait pas à épouser un homme dont elles auraient peur et qui maltraiterait son enfant. Elle aurait des antennes qui la mettraient à l’abri de ces deux dangers.

8-Même si les droits sont insuffisants, même si les tribunaux sont du côté des hommes : une femme adulte peut parler, raconter, chercher des allies, elle peut même crier ( si elle n’a pas désappris à le faire dans son enfance). Mais surtout, elle n’a plus besoin de refouler ce qui s’est passé, elle peut supporter des souffrances et des offenses sans qu’il en résulte de nouvelles blessures. C’est uniquement chez l’enfant que les traumatismes entraînent nécessairement des blessures parce qu’il porte atteinte à l’organisme en pleine croissance. Ces blessures peuvent guérir, à condition qu’on ose les voir, ou bien elles subsistent telles quelles parce qu’o,n est forcé de faire comme si elles n’existaient pas.

9-Si des femmes ( et des hommes) sensibles, et non brutaux, sont incapables de protéger leurs enfants de la violence de leur partenaire, cette incapacité provient de l’aveuglement et de la terrorisante intimidation qui leur ont été imposés dans leur enfance.

10-Tant que la vérité sur la mère, qui a toléré ces abus, n’a pas protégé l’enfant, et a ignoré sa détresse restera occultée, la pleine réalité de l’enfance ne pourra pas être perçue, ni tenue pour vraie. Or, tant que les sentiments de l’enfant ne peuvent pas être vécus, la fureur déjà éprouvée contre les hommes reste impuissante. Elle restera même éventuellement couplée avec l’inébranlable fidélité et la dépendance à l’égard du père ou d’autres hommes ayant commis les abus.

11-Dès lors qu’on défend les mères comme de malheureuses victimes, la patiente ne s’apercevra pas non plus qu’avec une mère courageuse, aimante, protectrice et lucide, elle n’aurait jamais eu à subir les abus de son père ou de son frère. Lorsqu’un enfant a appris de sa mère qu’il est digne de protection, il cherchera aussi la protection auprès de personnes extérieures et sera capable lui-même de se défendre. Mais un enfant qui a toujours été repoussé et éduqué à la discipline, qui n’a jamais reçu de tendresse apaisante, ne sait pas qu’il existe autre chose que la tendresse qui exploite. Il est forcé d’accepter toute proximité humaine qui s’offre à lui, s’il ne veut pas périr. Le cas échéant, il se résignera même à subir l’abus sexuel pour trouver un minimum d’affection et ne pas vivre dans un désert.

12-On ne peut faire disparaître la souffrance et l’angoisse qu’à partir du moment où l’on sait voir et où l’on peut accepter la pleine vérité des faits.

13-Tant que la psychanalyse dominait le champ de la psychothérapie, et interdisait aux patients d’accéder à leurs sentiments, les exigences de l’éducation n’avaient pas d’effet dangereux parce qu’elles restaient sur un plan intellectuel et donc sans conséquences. Mais avec le développement de formes de thérapies plus modernes les sentiments des patients, bloqués jusqu’alors, se sont réveillés et ont libérés des forces considérables. Toutefois, tant que ces thérapies se fondaient sur le principe éducatif suivant : une fois passé l’explosion de colère autorisée, il faut absolument pardonner aux parents, les patients n’étaient pas véritablement accompagnés dans la redécouverte de ses sentiments ni s’en libérer vraiment.

14-à partir du moment où l’on a acquis dans le cadre de la thérapie la faculté de ressentir ses sentiments authentiques on perçoit, non pas de moins en moins, mais de plus en plus intensément ce qui s’est passé dans son enfance et que l’on n’a jamais pu vivre consciemment. La familiarité croissante avec ses propres sentiments et sa propre histoire peut susciter des années plus tard la résurgence d’un nouveau souvenir qui n’était pas accessible au moment de la thérapie intensive. Si l’on s’interdit de laisser s’exprimer la fureur qui s’éveille alors, parce que l’on a déjà pardonné aux parents dans le cadre de la thérapie, on court le risque que ces sentiments se transfèrent sur d’autres…………je considère que l’exigence morale de réconciliation avec les parents entraîne un blocage insurmontable avec les parents et paralyse le processus thérapeutique.

15-La haine refoulée et inconsciente exerce un effet destructeur, mais la haine vécue n’est pas un poison, elle est l’un des moyens d’échapper au piège de l’hypocrisie, du mensonge et de la destructivité. Et l’on guérit effectivement lorsqu’on cesse d’épargner les coupables en éprouvant soi même des sentiments de culpabilité, lorsque enfin on ose voir et ressentir ce qu’ils nous ont fait.

16-Car c’est uniquement lorsqu’on commence à ressentir ces souffrances passées avec la sensibilité d’un enfant, à les appréhender avec le savoir de la victime,que l’on peut se libérer de l’identification avec l’action destructrice des parents et rompre la chaîne des répétitions. C’est alors seulement que l’on peut véritablement condamner cette action destructrice.

17- L’objectif est la découverte des blessures ( mauvais traitements, carences) subies dans l’enfance. Elle est rendue possible par l’expérience des souffrances primales et la libération de la prison des réactions destructrices et autodestructrices latentes.
L’une des conditions du traitement thérapeutique est qu’il y ai_t quelqu’un de présent et d’accessible pour jouer le rôle du témoin éclairé qui a fait défaut jusqu’alors……pas de mystification, pas de gourous, pas d’esprits ni de magie, uniquement le douloureux chemin vers la réalité des faits, le renoncement à l’aveuglement, aux illusions, aux prothèses inutiles, au mensonge vis-à-vis de soi-même et à la confusion.

18-Contrairement à la psychanalyse dont les théories s’inscrivent encore dans l’optique pédagogique des parents innocents, et à toutes les autres formes de thérapies que j’ai connues jusqu’à présent où la pédagogie règne toujours sans qu’on s’en aperçoive, la méthode de STETTBACHER ne porte plus la moindre trace d’intention éducative. Son seul propos est de redécouvrir la réalité de l’individu, ensevelie sous les anciennes blessures.
Cela suppose d’identifier les blessures, que personne ne soit plus épargné. Ce qui suppose que l’enfant jadis blessé apprenne à se servir des possibilités dont la nature l’a généreusement doté et qui lui ont été dérobées par les adultes : il faut notamment qu’il apprenne à vivre ses sentiments et à les exprimer, à remettre en question et à repousser les attaques et les accusations et enfin à sentir ses propres besoins pour s’appliquer dans toute la mesure du possible à les satisfaire.

19- …mais cela ne peut guère se faire sans douleurs. Si ces douleurs sont insoutenables, parce que les souvenirs de mauvais traitements réels qui remontent à la mémoire sont insupportables, on comprend que certains patients renoncent à ce traitement et restent prisonniers de leurs fixations autodestructrices. (note perso : manipulateurs pervers ?) .

20- Si les parents sont considérés comme des êtres infaillibles, irréprochables, la voie d’une éventuelle remise en question des parents et des opinions reçues reste barrée, parfois à tout jamais, et les idées néfastes des parents sur la discipline et l’éducation sont retransmises sans le moindre scrupule à leurs propres enfants. Si l’on a abusé de moi lorsque j’étais un enfant sans défense et qu’il m’est interdit de le voir, j’abuserai à mon tour d’autres êtres sans défense, sans me rendre compte de ce que je fais. Je refuserai également de lire les ouvrages d’Alice MILLER, ou bien je ne voudrai pas les comprendre parce que si je m’y risquais, il me faudrait ressentir le drame de mon enfance et la douleur d’avoir été trompé à mon âge si tendre.

21- Un enfant qui ne connaît rien d’autre que la cruauté, qui n’a pas bénéficié de la présence d’un témoin secourable, n’identifiera pas la cruauté pour ce qu’elle est.

22- Que ressent un enfant que l’on enferme pour le punir ? Qu’advient il de son âme lorsque, pour être à nouveau admis au sein de la communauté et plaire aux maîtres, il doit réprimer les sentiments d’impuissance et de désespoir que les professeurs ont fait naître en lui ? Que lui a appris la punition si ce n’est à dissimuler et plus tard, devenu à son tour adulte, à employer lui aussi la violence et à se venger sur ses enfants ?
-j’ai demandé un jour à un chauffeur de taxi indien à Londres, s’il battait ses enfants. Il me répondit que jamais sa fille, mais il frappait le petit garçon parce que celui-ci devait devenir un homme et avoir du caractère, et qu’on n’y arrivait qu’avec des punitions. Je lui demandais s’il avait aussi été battu ; il me dit que oui. Je lui demandais alors s’il se souvenait que quelque chose que lui aurait appris la punition. Il ne savait plus. Mais il demanda tout à coup : « ou bien est ce que vous croyez qu’on bat les enfants uniquement parce qu’on a été soi même battu ? »

23- Les êtres qui dès leur enfance ont été pris au sérieux, respectés, aimés et protégés ne peuvent pas faire autrement que répercuter la même chose sur leurs propres enfants car ils ont très tôt reçu et assimilé ce principe dans leur âme et dans leur corps. Mais les hommes de loi, les parents, les enseignants etc…sont rarement capables de se mettre à la place de l’enfant et ne sont pas sensibles non plus à ce qu’a été leur propre destin. Seule l’apparition de té moins conscients peut faire vaciller leur assurance.

24- STETTBACHER : décrire la situation et ce que l’on ressent, vivre et exprimer ses sentiments, remettre la situation en question, exprimer ses besoins. ce déroulement correspondant à une loi naturelle de l’autodéfense normale de l’individu humain, on pourrait se demander pourquoi cette loi est restée aussi longtemps cachée. C’est que les blessures infligées à l’enfant détruisent par définition cette faculté naturelle innée. Il faut donc que cette capacité soit redécouverte dans le cadre de la thérapie pour que l’histoire de l’enfance, restée dans le vague jusqu’alors, prenne des contours clairs et précis dans la conscience de l’adulte, qu’il retrouve la mémoire des mauvais traitements, les plus grossiers et les plus subtils, et qu’il cesse de les bloquer par des sentiments de culpabilité.

25- Il était illusoire de penser que la psychanalyse pourrait être débarrassée de ses reliquats pédagogiques et ensuite de servir à libérer ses patients. Dès lors qu’on la priverait de son armature pédagogique, l’édifice s’effondrerait comme un château de cartes.
L’édifice de la psychanalyse a uniquement servi jusqu’alors à rendre méconnaissable les traumatismes de l’enfance, comment voudrait on l’utiliser pour venir en aide à ceux qui furent des enfants maltraités ?
………leur méthode des associations libres, appelée aussi « règles fondamentales » renforce les défenses intellectuelles contre les sentiments et la réalité, car tant que l’on s’exprime sur les sentiments on ne peut pas véritablement les ressentir. Et tant qu’on ne les ressent pas, les blocages autodestructeurs subsistent.
………car sa vie paralysée ne peut se ranimer qu’à partir du moment où commence la confrontation de l’enfant avec les causes de la souffrance ; à partir du moment où le patient cesse de philosopher et de se demander pourquoi ses parents lui ont fait telle ou telle chose et qu’au lieu de cela il commence, à l’aide de multiples transferts, à découvrir ce qu’ils lui ont fait très précisément ; à partir du moment où il réussit enfin à confronter dans la thérapie ses parents intériorisés avec sa souffrance, et qu’à chaque nouvelle souffrance qui lui rappelle l’ancienne il essaie de se dire, dans le cas concret, ce qu’il ressent et met en question la situation.

26-Celui qui n’a pas lui-même appris à ressentir ses émotions, ne sait pas qu’il empêche l’autre de les ressentir ni comment il l’en empêche. On ne peut pas à la fois ressentir la souffrance et comprendre pourquoi elle vous a été infligée. On ne la ressent tout simplement pas.

27- Tant que je pouvais nommer mes sentiments, je dominais l’enfant en moi et je lui rendais impossible de trouver son langage, le langage des sensations et des sentiments qui n’avaient encore jamais été nommés.
Freud avait mis au point un système destiné à se tromper soi même et qui fonctionne avec une parfaite fiabilité dans le sens du refoulement. On y trouvera en tous les cas le moyen de renforcer les vieilles défenses contre les blessures subies dans l’enfance et de ne jamais découvrir la vérité sur ce qui s’est passé. Il y a toute une série de possibilités pour tenir à distance la souffrance par la pensée intellectuelle et pour mépriser les réalités de la vie en employant un langage qui ne nomme les choses qu’en apparence.

28- par la pensée passionnée sur la nature de la vérité, un enfant peut se protéger toute sa vie de la vérité tragique et insupportable de son existence, et tant que ces symptômes ne sonnent pas l’alarme, les choses en restent là. La psychanalyse est une prison construite avec les théories d’un homme qui se trouvait il y a 100 ans dans la même situation de détresse que la plupart des patients aujourd’hui. Ayant entr’aperçut les souffrances de son enfance, il s’est enfui dans les dédales des constructions intellectuelles et ses symptômes ont disparus en un premier temps. Mais ils sont revenus par la suite en dépit des efforts de plus en plus grands qu’il faisait pour entretenir artificiellement l’édifice. Les patients croient tout, parce qu’ils ont besoin de quelqu’un qui les écoute enfin. Et ils ne percent pas à jour l’abus, parce que quelqu’un qui n’a rien connu d’autre dans son enfance que l’abus ne peut pas le déceler par la suite. Tout ce qui réprime la vérité est destructeur.

29- l’objectif de la thérapie est de faire parler en nous l’enfant jadis condamné au mutisme et de lui faire ressentir ses émotions. Peu à peu, l’interdiction de savoir est levée et au cours de ce processus, au fur et à mesure que se dévoilent les tourments subis et les prisons subsistantes, le patient découvre en même temps son histoire, il se découvre lui-même et découvre ses capacités d’aimer qui ont été ruinées.

30- Il est impossible qu’un être qui a grandi dans un entourage intègre, où il a été aimé et respecté, éprouve jamais le besoin compulsif de tourmenter et d’handicaper à vie des êtres plus faibles. Il a appris jadis qu’il était juste d’assurer au petit être sans défense la protection dont il avait besoin et le moyen de se situer dans la vie, et ce savoir inscrit de bonne heure dans son corps et dans son esprit restera actif en lui tout le restant de ses jours.

31- un enfant doit forcément refouler le souvenir des évènements douloureux pour survivre. Les parents qui maintiennent refoulés leurs pires traumatismes personnels en minimisent aussi l’importance chez leurs enfants par pure ignorance, et ils créent ainsi, inutilement, un nouvel enchaînement de cruauté.

32- Battre un enfant, l’humilier ou abuser de lui sexuellement est un crime parce que c’est handicaper une personne humaine à vie.

33- C’est seulement quand il a fait l’expérience d’être aimé et apprécié pour lui-même que l’enfant est en mesure d’identifier la cruauté, de la percevoir et de se révolter contre elle. Sans cette expérience, il ne peut pas même savoir qu’il existe dans le monde autre chose que la cruauté, il accepte donc celle-ci sans la mettre en question et plus tard, il l’exercera comme la chose la plus naturelle du monde, lorsque, devenu adulte, il détiendra le pouvoir à son tour.

34- pour déceler la cruauté, la rejeter clairement, être résolu à l’épargner à ses propres enfants, il faut au moins la percevoir en tant que telle. Les enfants élevés dans la rigueur et la cruauté n’en avaient précisément pas le droit, ils devaient se montrer reconnaissants à l’égard de leurs parents de la façon dont ils les traitaient et tout leur pardonner. Qu’advient il lorsqu’un enfant élevé dans un climat de protection, d’amour et de sincérité est brusquement battu par quelqu’un ? Il crie, exprime sa colère, finit par pleurer, manifeste sa douleur et demandera sans doute : pourquoi est ce que tu me fais ça ? Rien de tout cela n’est possible lorsqu’un enfant, dressé dès le départ à l’obéissance, est battu par ses parents qu’il aime. Pour survivre, il faut qu’il réprime sa souffrance, sa colère, et refoule la situation dans son ensemble ; car pour pouvoir manifester sa colère il aurait besoin d’avoir confiance et de savoir qu’il ne risque pas d’être tué pour cela. L’enfant doit donc réprimer sa fureur pour survivre dans un environnement hostile.

35- Mais les souffrances réprimées bloquent la vie affective et provoquent des troubles physiques. …….c’est comme si ces hommes et ces femmes s’étaient trouvés des décennies durant pris dans un piège sans issue parce que la colère contre les parents est interdite dans nos sociétés. Mais avec la naissance de leurs propres enfants, une porte s’ouvre : la fureur accumulée pendant des années peut se décharger sans scrupules, et elle se décharge malheureusement sur un petit être sans défense que l’on ne peut pas s’empêcher de tourmenter, souvent sans s’en rendre compte, poussé par une force inconnue.

36- c’est uniquement lorsque l’enfant ne sera plus disponible comme bouc émissaire légal que ce processus de libération réelle sera accessible aux parents.

37-les représentants du corps médical et de la fédération de la protection de l’enfance se trompent ; sous leurs arguments transparaît l’angoisse de l’enfant jadis menacé qui voudrait trouver un compromis avec ses parents et qui est donc disposé à se taire et à faire comme s’il ne s’apercevait de rien.

38- tout homme qui se trouve pris au piège cherche une issue. Mais au fond il est plutôt heureux et reconnaissant quand on lui montre une issue qui ne conduit pas à la culpabilité ni à la destruction de ses propres enfants. Les parents ne sont pas des monstres,……….. mais souvent des enfants désespérés qui doivent d’abord apprendre à voir les réalités et à percevoir leurs responsabilités. Ils n’ont pas pu apprendre à le faire étant enfant parce que leurs propres parents ne connaissent pas ces responsabilités.

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