V. FRANKL : Nos raisons de vivre à l’école du sens de la vie.

La poursuite constante du bonheur est ce qui l’empêche d’y atteindre.

Victor FRANKL

Nos raisons de vivre à l’école du sens de la vie

préface

– c’est la qualité de la relation qui guérit

– …c’est qu’au delà de l’identification des pathologies, quelle que soit l’approche abordée par le thérapeute ou le professionnel de la relation d’aide, la plongée dans les profondeurs de l’être humain l’amène à rencontrer un certain nombre d’enjeux dits « existentiels ». Irvin Yalom les résume au nombre de 4 : le problème de la liberté, le problème de la mort, le problème de la solitude et celui du sens de la vie.

Introduction

– la psychothérapie est davantage qu’une simple technique dans la mesure où elle est d’abord un art, et sa sagesse consiste à se situer au-delà de la science.

– la psychanalyse est, et demeurera toujours, la base de toute psychothérapie. Toutefois, elle est destinée à connaître le sort de toutes les fondations, qui est de disparaître sous l’édifice qui s’élève à partir d’elle.

1) au-delà de la clinique, une vision de l’humain

-Notre réflexion ne porte pas sur les caractéristiques du caractère humain, ni sur la manière dont chacun gouverne ses instincts, mais davantage sur l’attitude que nous décidons d’adopter à leur égard. Et cette aptitude, qui consiste à orienter notre propre attitude, est ce qui fait de nous des êtres humains.

– en fait, être conscient présuppose l’aptitude proprement humaine à se dépasser, à juger ainsi qu’à évaluer ses propres actes en termes moraux et éthiques.

– je serais tenté de dire que l’amour est une aptitude qui rend l’être humain capable d’appréhender autrui dans ce qu’il a d’unique. Quant à la conscience, elle est cette aptitude qui lui permet d’appréhender dans toute sa mesure le sens d’une situation, dans ce que cette situation a d’également unique.

– nous vivons à l’époque des spécialistes, ce qui cause bien des dégâts. Je définirai un spécialiste comme un homme qui n’aperçoit pas la forêt de la vérité depuis l’arbre des faits.

– l’enjeu est de savoir comment atteindre, comment maintenir et comment rendre possible une vision unifiée de l’être humain, face à la dissémination des données, des faits et des découvertes consécutives à une science de l’homme des plus sectorisées…..La recherche scientifique est résolument marquée par le travail d’équipe, et dans le cadre du travail d’équipe la compétence du spécialiste est indispensable…..Le danger ne réside t il pas dans une prétention à la totalité ? Ce qui me paraît dangereux, c’est la prétention de l’expert….Je dirais que ce que nous devons déplorer n’est pas tant le fait que les scientifiques se spécialisent mais que les spécialistes sont enclins aux généralisations.

– Freud était beaucoup trop intelligent pour ne pas être conscient qu’ il s’était délibérément borné au sous sol ainsi qu’aux fondations de l’édifice ; en d’autres termes, qu’il s’était donné pour tâche d’étudier surtout la dimension inférieure, c’est à dire psychologique…..

– plus importantes encore sont ces névroses noogènes qui résultent de la frustration de la volonté de sens, ou de ce que j’ai encore appelé la frustration existentielle, ou du vide existentiel

2) l’auto-transcendance en tant que phénomène humain

– ….en ce qui concerne le principe de plaisir, je voudrais aller encore plus loin dans ma critique. Je défends la thèse selon laquelle, en dernière analyse, le principe de plaisir porte en lui même son propre échec. En effet, plus quelqu’un vise à atteindre le plaisir, moins il y parvient. En d’autres termes, la poursuite constante du bonheur est ce qui l’empêche d’y atteindre. Cette caractéristique, qui consiste à s’annuler soi même, intervient dans de nombreux cas de névroses sexuelles. Le temps, aussi bien que le psychiatre, peuvent l’un comme l’autre témoigner de ce que l’orgasme comme la puissance sont l’un comme l’autre compromis dès lors qu’ils font l’objet d’une intention.

– …..Normalement, le plaisir n’est jamais le but de l’existence, il est et doit demeurer un effet, et plus spécifiquement, la conséquence du fait d’avoir atteint un but. Le fait d’atteindre un but constitue une bonne raison d’être heureux. Autrement dit, si nous avons une raison d’être heureux, le bonheur suivra, automatiquement et spontanément, comme il se devra. Et c’est pourquoi nul ne doit chercher le bonheur, nul ne doit s’en préoccuper tant qu’il n’y a pas de raison de le faire.

Mais plus encore, nul ne peut chercher le bonheur. Dans la mesure où quelqu’un fait du bonheur le principal but de sa motivation, il en fait nécessairement l’objet d’une attention constante. Mais précisément, en agissant ainsi, il perd de vue sa raison d’être heureux, et le bonheur lui même finira par lui échapper.

– selon la théorie de Ch. Bülhler, l’accomplissement de l’être humain constitue le but, tandis que les 4 tendances de base sont au service de cet accomplissement. Ce que l’accomplissement désigne ici, c’est l’accomplissent d’un sens plutôt que l’accomplissement de soi, ou l’auto-actualisation……tout comme le bonheur, l’accomplissent de soi n’est qu’un effet, l’effet consécutif à la réalisation d’un sens. C’est seulement dans la mesure ou un être humain trouve un sens à sa vie qu’il s’accomplit. ( l’écoute de Soi → tremplin pour trouver un sens à sa vie → chemin de l’accomplissement).

– en réalité, l’être humain ne cherche ni le plaisir ni le bonheur pour eux mêmes, il recherche surtout les raisons qui en seraient la cause, qu’il s’agisse de l’accomplissement d’un sens personnel ou bien de la rencontre d’un autre être humain. Cela peut aussi bien être la rencontre de Dieu.

Il résulte de ces considérations que l’on doit manifester le plus grand scepticisme à l’égard du genre d’expérience extrême qu’induit la consommation de LSD u d’autres drogues. En pareilles situations, ls causes chimiques opèrent comme des substituts des motifs spirituels, leurs effets sont de simples artefacts. Ce genre de raccourci mène à une impasse.

La santé et la conscience des choses appartient aussi à cette catégorie de phénomènes qui ne peuvent être recherchés pour eux mêmes. En effet, si nous nous efforçons d’acquérir une bonne conscience, nous n’y parviendrons pas. Tout au plus deviendrons nous hypocrites. ( chercher toujours une intention derrière….)

– Je voudrais ajouter que, de peur d’une régression, nous devons nous décider soit à plaider pour la volonté de sens, soit à professer le volontarisme. On ne peut exiger la volonté, on ne peut pas non plus la commander ou l’ordonner. On ne peut pas vouloir vouloir. Et s’il faut susciter la volonté de sens, le sens lui même doit être élucidé.

– Cependant nous devons prendre en considération le fait que, du moins aujourd’hui, à l’époque de la société d’abondance, la plupart des gens souffrent d’un manque plutôt que d’un trop plein d’exigences.

La société d’abondance est une société qui manque totalement d’exigence, et c’est pourquoi les gens manquent de tonus.

– contrairement à ce que soutient la théorie homéostatique, la tension ne doit pas être absolument évitée, car la paix de l’esprit, ou la paix de l’âme, ne s’obtient pas à n’importe quelle condition. Il faut avouer qu’un certain degré de tension, telle que celle qui est dépensée lorsque l’on s’investit dans un projet est inhérent à l’être humain et même indispensable à sa bonne santé mentale. Ce dont l’être humain a d’abord besoin, c’est de la tension constitutive inhérente à une direction de sens donné.

3) qu’est ce que le sens ?

– Toutefois, l’existence n’est pas seulement intentionnelle, elle est aussi transcendance. L’auto-transcendance est l’essence de l’existence. Être humain, c’est être orienté vers quelque chose d’autre que soi même.

– la question : « qui suis je si je le fais seulement pour moi même ?» : …c’est justement une caractéristique consécutive de l’être humain de se dépasser, de chercher hors de soi quelque chose d’autre que soi…..

il n’existe pas de sens universel de la vie, mais seulement des valeurs de sens chaque fois spécifiques, inhérentes aux différentes situations individuelles……

Certaines valeurs de sens sont en effet partagées par une majorité d’êtres humains, quelles que soient les sociétés, et plus encore, quelle que soit l’époque considérée. De telles valeurs de sens s’avèrent trans-historiques,dans la mesure où elles relèvent davantage de la condition humaine en tant que telle, que de situations spécifiques….

il est évident que la possession d’un système de valeur allège et facilite la quête de sens de chaque être humain, parce qu’alors, en face d’une situation typique, cela évite à chacun d’avoir à prendre une nouvelle décision.

– Selon toute apparence, le sens serait juste quelque chose que nous projetons sur les choses qui nous entourent, choses par ailleurs tout à fait neutres par elles mêmes. A la lumière de cette neutralité, la réalité apparaîtrait comme un écran sur lequel nous ne ferrions que projeter nos attentes et nos désirs, une tâche de Rorchach(p59) en somme. S’il en était ainsi, le sens ne serait rien d’autre qu’une dimension de l’expression de soi et, par conséquent, quelque chose de profondément subjectif.

– les êtres humains se transcendent, c’est à dire se dépassent eux mêmes vers des significations qui sont autre chose qu’eux mêmes, qui sont bien autre chose que de simples expressions ‘eux mêmes, plus que de simples projections d’eux mêmes. L’être humain découvre les significations, il ne les invente pas.

– ….je ne peux pas dire « ma réponse est vrai ou fausse », comme les américains disent «  mon pays a raison ou tord ». Je dois m’efforcer de trouver le véritable sens de la question qui m’est posée.

L’être humain est entièrement libre de répondre aux questions que lui pose la vie. Mais il ne faut pas confondre la liberté avec l’arbitraire ; cette dernière doit se comprendre à l’aune de la responsabilité. L’être humain est comptable de la justesse de la réponse qu’il donne à une question, de même qu’il lui incombe de trouver le véritable sens d’une situation.

J’insiste sur le fait que le sens est quelque chose qui doit être trouvé et non pas donné, découvert plutôt qu’inventé……J’aurais aussi bien pu dire qu’il doit être recherché consciencieusement.

– En dehors de sa qualité intuitive, la conscience est également créative. Il peut arriver que la conscience d’un individu lui indique de faire quelque chose qui est en opposition avec ce qu’enseigne et ce que préconise la société à laquelle appartient cet individu, disons, sa tribu.

– de nos jours, étant donné que l’éducation n’est plus en mesure de se référer aux modèles issus de la tradition, elle doit stimuler chez l’individu sa capacité à prendre, en toute indépendance, des décisions authentiques.

– Il doit par là même, apprendre à relier ces commandements-là à sa propre conscience, car une conscience vivante et éveillée est aussi la seule instance qui permet à l’être humain de résister aux effets destructeurs du vide existentiel, c’est à dire, au conformisme ainsi qu’au totalitarisme….en somme, nous devons juger de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas.

-Pour ma part je ne me lasserai jamais de répéter que le sens doit être trouvé, parce qu’il est un objet de quête, mais qu’il ne doit en aucun cas être donné. C’est en effet au patient qu’il incombe de le trouver par lui même. La logothérapie ne délivre pas et ne distribue pas de prescriptions…se préoccupe des aspirations et des frustrations existentielle du patient…

– Je pense pour ma part, que l’opposition typiquement moraliste entre égoïsme et altruisme est tout à fait obsolète. Je suis convaincu que l’égoïste peut seulement profiter des autres et à l’inverses, que l’altruiste – si soucieux du bien des autres – doit constamment prendre soin de lui même.

– le concept de valeur d’attitude ne repose pas sur un postulat moral, ni sur une injonction éthique, mais plutôt sur l’analyse empirique de ce qui est en jeu quand une personne se juge ou juge le comportement de quelqu’un d’autre.

– Il est évidement souhaitable d’éviter autant que possible la souffrance. Mais qu’en est il de la souffrance à laquelle on ne peut échapper ? La logothérapie enseigne que la douleur doit être évitée aussi longtemps qu’il est possible de l’éviter. Mais, pour autant qu’elle s’impose comme une fatalité, elle ne doit pas seulement être acceptée, mais doit pouvoir être transformée en quelque chose de significatif, c’est à dire en occasion d’accomplissement.

– c’est une qualité de l’existence humaine d’être en mesure de se façonner et de se redéfinir soi même.

– Ce que nous avons fait ne peut pas être défait. Ceci ajoute, évidemment, à la responsabilité humaine, pour la simple raison que l’être humain est responsable face au caractère éphémère de son existence, responsable d’avoir manqué des occasions d’actualiser des possibles, de réaliser des valeurs, qu’elles soient de l’ordre de la création, de l’ordre de l’expérience de vie ou qu’elles concernent l’attitude qu’il aurait du adopter dans telle ou telle situation.

En d’autres termes, l’être humain est responsable de ce qu’il fait, de qui il aime et de sa façon d’aimer, comme il est responsable de la manière dont il assume une souffrance.

4) le vide existentiel : un défi individuel et un défi thérapeutique

– à une époque où le vide existentiel prend une telle ampleur, je pense que l’éducation ne doit plus se limiter à, ni se contenter de transmettre des traditions et du savoir, mais qu’elle doit aussi perfectionner l’aptitude de l’être humain à chercher les valeurs de sens qui ne sont pas affectées par l’effondrement des valeurs universelles.

– Mais comment pouvons nous attendre d’un étudiant qu’il prenne une initiative, si on lui enseigne que l’homme n’est rien d’autre que le champ de bataille sur lequel s’affrontent les exigences opposes de sa personnalité, comme le ça, le moi et le surmoi ? Et comment un étudiant pourrait concevoir le moindre intérêt, comment pourrait il se soucier d’idéaux et de valeurs, si on lui assène, à longueur de temps, que les idéaux et les intérêts ne sont rien d’autre que des formations réactionnelles et des mécanismes de défense ?

– Peut-on souscrire à ce que Freud a un jour écrit à la princesse Bonaparte : «  dès qu’un sujet commence à réfléchir sur le sens ou la valeur de la vie, c’est qu’il est malade. » ?

– Il n’y a vraiment pas lieu d’éprouver de la honte face au désespoir existentiel, sous prétexte que ce serait une maladie émotionnelle, parce qu’il ne s’agit nullement d’un symptôme névrotique mais d’une préoccupation tout à fait humaine. Plus que cela, c’est même l’expression d’une grande sincérité et d’une grande honnêteté intellectuelles.

– entretien avec un patient atteint d’anxiété : «  Bon. Mais peut être est ce précisément parce que dans ces moments, quand vous êtes au contact immédiat de la beauté, quand vous en faites l’expérience profonde, avez vous déjà perçu le sens de votre vie, peut être est ce parce que, dans ces moments, ce sens vous parvient par le biais des émotions, sans que votre intellect n’y joue aucun rôle ? Dans ces moments, en effet, on ne se demande pas si la vie a un sens ou non ; t si nous le faisions, il y a de fortes chances que, du plus profond de nous, nous disions « oui ». On s’apercevrait alors que la vie vaut la peine d’être vécue, fut ce pour connaître cette expérience unique. »

– « Et d’une certaine manière, le fait que vous cherchiez un sens à votre vie justifie votre foi en l’idée qu’il y a un sens. ….la soif est la preuve la plus certaine de l’existence de l’eau….comment un être humain pourrait il avoir soif, si l’eau n’existait pas ?

– l’une des formes majeures que revêt la volonté de puissance est ce que j’ai appelé la volonté de s’enrichir. La volonté de s’enrichir entre pour une grande part dans les situations de suractivité professionnelle où elle s’exprime aussi comme une tentative pour échapper au sentiment de vide existentiel. Lorsque cette exigence devient envahissante, la recherche du sens se trouve alors remplacée par la poursuite de buts contingents. Au lieu d’être un moyen au service de certaines fins, l’argent devient alors une fin en soi, il cesse d’être au service d’un objectif.

Quelle est donc la valeur de l’argent, ou, en l’occurrence, quel sens y a t il à posséder de l’argent ? La plupart des gens qui possèdent de l’argent sont possédés par lui, obsédés par la nécessite d’en amasser davantage et, ce faisant, ils en annulent tout le sens. Avoir de l’argent devrait signifier être dans une position enviable. Or, la véritable richesse consiste à ne pas accorder d’importance à l’argent, aux buts contingents, sans toutefois perdre de vue les fins elles mêmes, c’est à dire ce que l’argent permet de réaliser.

– de nos jours, c’est le loisir centrifuge qui l’emporte. Le fait de s’évader de soi même est en effet la seule manière de ne pas avoir à se confronter au vide qui nous habite.

5) les techniques : l’injonction paradoxale, le commun dénominateur

6) l’accompagnement, le positionnement, le soin de l’âme

-…parfois, ( dans le cas de dépression….) le patient ne se voit apporter aucune consolation ; ses auto-accusations et ses sentiments de culpabilité sont alors exacerbées, car il se sent responsable de la misère dans laquelle il se trouve

– …maintenant, vous êtes à un stade où ce qui vous attend c’est de reconstruire votre vie ! Mais on ne peut reconstruire sa vie si l’on n’a pas de but dans la vie, si l’on n’a aucun défi à relever.

-… « .ce que nous sommes n’est rien ; ce qui compte c’est de savoir où nous allons ». On pourrait aussi bien dire : donner sens, cela vaut mieux que d’être.

-…..en pleurant toutes les larmes de votre corps, vous avez brisé toutes les chaînes qui vous retenaient prisonnier…….

-…je suis en effet persuadé que si nous n’avions pas soupçonné un fond névrotique chez chacun d’entre nous, nous ne serions pas devenus psychiatres pour commencer, nous n’aurions pas conçu le moindre intérêt pour notre domaine. Nous ne serions pas restés psychiatres, parce que nous aurions été dépourvus de l’empathie nécessaire pour faire de bons psychiatres.

– En fait il est même admis que les psychiatres créatifs, comme l’étaient les fondateurs des doctrines qui ont fait école, ont développé des systèmes qui, en dernière analyse, étaient l’exacte description de leurs propres névroses. Je vois là une véritable réalisation, parce qu’en faisant ce qu’ils ont fait, ils n’ont pas seulement dépassé leurs propres névroses, ils ont aussi appris aux médecins comment aider leurs patients à venir à bout de leurs maux. De sorte que, dans leur cas, la misère d’un seul homme prend valeur de sacrifice pour le bien de l’humanité entière……Un praticien doit traverser son propre désespoir existentiel s’il veut apprendre aux patients à s’immuniser contre le leur.

Conclusion : les dimensions du sens

– La logothérapie s’est toujours gardée de franchir la ligne qui sépare la psychiatrie de la religion. Mais elle laisse la porte ouverte à la religion, de même qu’elle laisse le patient libre de franchir ou non cette porte. C’est en effet, au patient qu’il incombe de décider s’il entend interpréter la responsabilité en terme de responsabilité vis à vis de l’humanité, vis à vis de la société, de sa conscience, ou bien vis à vis de DIEU. Cela dépend entièrement de lui de décider de quoi, de qui et pour quoi il est responsable.

– Il est cependant indéniable que la religion peur contribuer efficacement, mais de manière indirecte, à la bonne santé mentale. Après tout, la religion assure à l’être humain un solide point d’ancrage, en lui procurant un sentiment de sécurité qu’il ne trouvera nulle part ailleurs. Mais la fusion de la psychothérapie et de la religion ne peut que mener à la confusion, pour la simple raison que cette fusion consistera à confondre deux dimensions distinctes, la dimension anthropologique et la dimension théologique.

– L’homme est incapable de comprendre le sens ultime de la souffrance humaine parce que, comme l’a dit Albert Einstein, la « pensée n’est tout simplement pas en mesure de nous révéler ce qui nous dépasse ». Je serais tenté de dire que le sens ultime, ou ce que je préfère appeler le sens supérieur n’est pas affaire de pensée, mais plutôt de croyance,…. c’est à dire que nous l’appréhendons au niveau de la foi.

– Toutefois, reconnaître la différence dimensionnelle entre le monde humain et le monde divin, loin de nous rabaisser, nous fait grandir en connaissance et nous rend plus sage. Si un problème ne peut être résolu, nous devons au mois comprendre pourquoi il est insoluble.

– ce qui est encore plus important, c’est que nous comprenons désormais que quelque chose qui semble impossible sur une dimension inférieure devient parfaitement possible sur une dimension supérieure.

– Je pense également que l’homme ne peut faire un geste sans être d’emblée renvoyé aux fondements mêmes de son exstence, sans faire l’expérience la plus profonde de l(être, tant il est imprégné d’une confiance innée dans la présence d’un sens ultime. Si l’homme devait être privé, fut ce un seul instant, de cette conviction, il cesserait de vivre. Même une personne encline au suicide doit obscurément imaginer que le fait de mettre fin à ses jours a un sens.

Ainsi, la confiance en l’existence d’un sens et la foi en l’être, y compris si elles ne sont souvent que des dispositions latentes, constituent des données humaines transcendantales et dès lors, elles sont indispensables. Nous ne pouvons pas en faire abstraction.

– Dans le passé, rien n’est irrévocablement perdu, au contraire, tout y est soigneusement engrangé. Les gens n’aperçoivent que l’aspect superficiel du changement et de la vie qui passe, en oubliant que les greniers de leur vie passée sont pleins de ce qu’ils y ont apporté et déposé, riches de tout ce qu’ils ont récolté.

Annexe : la « dégourouification » de la logothérapie

– La logothérapie considère de son véritable devoir d’amener l’être humain à prendre conscience de ses responsabilités.

– Je crains que la logothérapie ne soit devenue trop scientifique pour devenir populaire au sens premier de ce mot. Ironie de l’histoire, elle est aussi trop révolutionnaire pour être admise par les milieux scientifiques. Le concept de volonté de sens, compris comme motivation humaine fondamentale, est une véritable gifle pour les théories comportementales actuelles, lesquelles reposent encore sur le principe homéostatique, selon lequel l’être humain est un être qui a pour unique raison d’être de satisfaire ses pulsions et ses instincts, de répondre à ses besoins, et ceci uniquement afin de préserver ou de rétablir un équilibre interne, en parvenant à un état dénué de tensions.

– En fait, je crois que des crises – telles que la pénurie d’énergie – ne sont pas seulement porteuse de dangers, elles sont aussi porteuses d’espoirs. Elles peuvent inciter à déplacer l’accent des simples besoins aux besoins de sens, soulignant la nécessite de relativiser les biens matériels au profit de l’expression des besoins existentiels.

Cliquez ici pour laisser un commentaire 0 Commentaires

Laissez un Commentaire :